02 juillet 2008

Jetée d'encre

 

Ca te manquait , je pense, de jeter quelque chose par terre, et de jeter des horreurs en l'air. Ca te manquait, je suppose, de haïr quelqu'un, de le rendre responsable de tout.

Il te manquait les millions de coup de fil où l'anecdote deviendrait bientôt un délire terrifiant, où tu tiendrais le premier rôle, celui de celle qui savait tout depuis le début, et qui a dévoilé "le complot".
Je ne t'ai pas croisée depuis un an. J'oscille entre une paix fragile, et une abominable angoisse.
Je les vois jetés dehors dans le petit matin déjà caniculaire. Les valises à leurs pieds. La petite main et le regard si grave. "What's happening, mum ?" "Nothing new."
Dehors.

Et toi qui gémis qu'on t'a abandonnée.

Ca te manquait, c'est ainsi que tu "fonctionnes", je devrais tout te pardonner puisque je connais les rouages.Il y a une explication, toujours. De vraies raisons, des scientifiques excuses, des preuves médicales. Une posture à adopter, faire comme d'habitude, laisser glisser.

Ca ne m'apaise en rien. 

Je te dois la méfiance devant toutes les amours qu'on me dit, je te dois de ne croire en personne, et de vouloir tout. Je te dois de comprendre en un seul mouvement, tout ce qui est perverti chez l' autre dans son attente, dans sa douleur, dans sa demande. Et je voudrais ne rien savoir, moi. Je voudrais l'illusion, je voudrais la confiance. Je te dois, sans nul doute, la perte d'un lien que je croyais indestructible, à toute épreuve, un lien de sang. Je te dois ce manque abominable, tout le temps, et rien qui ne le comble; car je ne sais pas ce que j'attends, je n'ai pas de mesure, je n'ai pas l'étalon.

Je te dois de penser, parfois, et ça me fait tanguer, que tu as peut-être raison, qu'il serait bon de couler, avec toi, dans le Kretschmer, pour te rejoindre, t'atteindre enfin.

Je te dois de connaître l'intenable, et de m'y tenir bien.

 

 


 
 
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10 juin 2008

Des trucs

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To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream: ay, there's the rub.

C'est celle-là que je déteste, dans l'univers de mon ordinaire névrotique, c'est cette panique desespérée à laquelle je n'associe aucune cause, aucun objet, c'est celle-là  que je déteste. Cette détestation du monde, quand je m'enferme dans mon bureau; et je ne sais pas si j'ai peur des autres, ou si je les hais et que c'est ma haine qui me fait peur.

Bien sûr, je suis la première affligée de me poser autant de questions à propos de pas grand chose: une neurasthénie, une vacuole banale, une tendance dépressive. Je suis la première consciente de l'indignité de ce chagrin insensé pour rien, et de ma terreur toujours que cela devienne définitif, que je m'enferme dedans pour toujours, que je ne sache plus jamais parler à personne. Je suis si accoutumée à me taire à moi-même. Mais se poser toutes ces questions, se demander pourquoi, et comment et à quelle heure, et le choc traumatique que j'aurais refoulé- le pire étant celui de naître- n'être au monde que pour ...et attendre la suite, eh bien tout ça, c'est continuer de fonctionner, d'ébaucher des solutions, un semblant efficace pour vivre.

Quand je me lève et que soudain, il suffit d'un pas parasite, d'une pensée qui trébuche et tout devient tellement difficile, et la peur d'éclater en sanglots devant tout le monde, devant les enfants, mes nerfs de vieille fille soudain, cette peur dans tout mon corps, ce tremblement dedans, et va savoir pourquoi, ce qui me fait le plus peur, cette mâchoire plombée.

J'attends de mieux en mieux que ça me passe et je n'en parle plus à personne. Ecrire sera toujours différent de dire. J'en sais quelque chose, j'ai écrit plus que j'ai parlé dans ma vie, il fallait bien que je me rattrappe.

J'attends, pour me trouver des raisons d'être si inconsolable, pour dessiner le monstre qui ira le mieux à mon angoisse de ventre, toujours à contre temps. J'attends de trouver cette illusion d'entrevoir le spectre, de légitimer ma peur, de me dépouiller de ma vieille peau, et de sortir enfin belle, neuve, nerveuse et gaie. J'attends ça comme on attend autre chose, parce que la plupart du temps, je crois que je n'attends rien. J'attends de m'allonger, j'attends ma séance du jeudi, j'attends le lacanien qui me parle d'Hamlet, d'Antigone quelquefois. 

Il ne demande jamais pourquoi, il ne dit pas de mots d'amour, il ne me promet rien, il ne joue pas, il ne s'intéresse ni au comment ni au pourquoi, il s'intéresse à ma personne, parce que moi, je m'intéresse pas.

Et ça marche quelquefois. 


 
  Heal-it takes time.

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01 juin 2008

Leçon de maintien

Finissons-en, je t'en prie. J'ai vu les roses dans le vase, sans te voir, l'eau jamais croupie. J'aurais du t'apporter ces désespoirs du peintre. J'ai entendu ta voix entre la plainte et la colère faussement retenue, une posture. Malgré tout ce temps, elle me donne toujours des envies de meurtre. J'ai perçu toutes les double-contraintes, toute la nouvelle histoire que tu t'es déjà inventée en criant seule dans ta cuisine, pour incarner cette splendide victime, solitaire et inconsolée. J'ai beau connaître la pathologie, maîtriser tous les rouages, sentir de loin toutes tes ruses, analyser le délire et le comprendre à un point qui me terrifie,  j'ai toujours cette immonde colère, ce stupéfiant besoin de me justifier. Tu ne sais même pas, tu ignores tout le mal, tout ce que tu as semé. Epargnez-moi, je vous en prie, l'impossible amour à la sauce mythologique, l'entente interdite quasi constitutionnelle, voire constructrice, vomie sur canapé. Parce que moi, voyez-vous, moi, je voulais l'aimer. Je voulais la réparer, la remplir, je voulais effacer son chagrin pour toujours. Je voulais la guérir pour qu'elle puisse enfin m'aimer.

Tu te souviens les jours de pluie, ces seuls jours où tu me touchais ? Tu m'essuyais les cheveux, pour ne pas salir les parquets. La ressemblance avec la caresse ne m'a pas pas échappée. Je savais ma méprise, le malentendu, mais je m'abandonnais, déjà rompue à me satisfaire de tous les semblants  pour une main sur ma tête.

Finissons-en, je t'en prie. J'ai compris ton égo altéré, j'ai même vu ton regard habité, tes beaux yeux de malade tout tournés en dedans de toi.  Je sais tout ça mais je trépigne, je vocifère, je sens la main glacée de la culpabilité sur ma nuque. Je voudrais tellement que quelqu'un me défende,  je voudrais qu'on te dise que tu t'es trompée quand tu n'as pas pu m'aimer. Parce que tu vois, malgré toute cette théorie implacable, tout ce que je sais, et tout ce que tu ignoreras toujours, je ne suis jamais sûre que te haïr est la seule condition pour survivre. J'ai mis trente ans à te haïr, j'ai mis trente ans à te désinventer, et je te hais bien trop fort pour que ce soit vrai. Je te hais, oui, c'est sûr.   Une posture.

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30 mars 2008

Trottoir

 
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C'est la fin. Je reste assise sur le trottoir à l'endroit précis où je suis tombée. Je sais qu'on me regarde; peut être même s'étonne -t-on que je ne me lève pas, pour aller m'attabler. On me voit si rarement immobile. Mais je n'ai plus rien à voir avec l'humanité. Il y a un chien avec des yeux jaunes qui penche la tête, en ahanant puis gémit un peu en me regardant. D'habitude, ça me dégoûte, et là non.  Qu'un chien aux yeux jaunes soit le témoin de ma chute ne me gêne pas, au contraire. J'ai appris à ne plus m'encombrer des apparences.
Si ç'avait été un enfant, le mien, ce n'aurait pas été possible. Les larmes d'un enfant, c'est trop dangereux pour l'équilibre général. Je ne veux plus prendre quiconque dans mes bras par réflexe, tu m'entends ?  Par réflexe, on aime, on tue, on fait des bébés, on sort la tête des tranchées.  Mes réflexes n'ont que des conséquences désastreuses. Je ne veux plus payer toute ma vie quelques secondes où je me serais prise pour une femme, où je t'aurais pris pour un être humain.
Mon père était menuisier. Il aimait ses meubles, il caressait toujours le bois quand c'était fini. Sa large main à plat, un mouvement respectueux, lent, calme. J'aurais voulu me transformer en armoire pour qu'il me caresse ainsi. Je ne peux pas téléphoner à ma mère. L'angoisse me serre le ventre avec sa main gelée. Ma mère va pourtant très bien, il paraît. Peut être que c'est ça qui m'angoisse.  Une mère morte, cela pourrait me laisser espérer que tout serait plus beau si elle était encore là.  Elle est vivante et c'est sans espoir.
 Voilà, c'est terminé.  Le vent, les papiers qui volent, ma main gelée, les rats qui filent dans le caniveau, je quitte le navire, mon cul sur le trottoir. Le chien, yeux jaunes, tête penchée, gémit en ahanant, avec comme une interrogation dans la fin de sa plainte, cette cassure dans son murmure: le dernier bruit du monde.

 

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29 février 2008

Tableaux

 

Photo Phasme
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Tableau 1

 

D'improbables cordes tissaient une toile mélancolique, et cette voix semblait me voler tous mes mots en retard.

J'étais dans cette ouate -là, bercée par des mots que je n'avais plus à dire, rassurée par les notes que je composerais jamais.

Cela va si bien à ma pathologie, ces vêtements là: une musique trop grande et des mots trop étroits.

 

Tableau 2

 

L'insupportable impatience, un trépignement mental, une attente aigüe, l'illusion de l'empathie après le bel emboîtement des corps, tout ce monde quand tu crois ne faire qu'un, la brulûre qui va venir, qui va venir, qui va venir, ho c'est parti. La fatigue qui s'invite alors que tu ne demandais rien.

L'amour est toujours malvenu.

 

Tableau 3

 

j'ai tellement ta tête dans ma poitrine...”

...que je t'ai confondu avec mon système cardiovasculaire.

 

Tableau 4

 

L'insignifiant n'a pas de sens, mais il prend bien des formes: le rien, l'espoir, le blog..., l'un signifiant;  la face sonore pour signifier l'absence de sens, de corps.  C'est cette mort qui me hérisse. Je ne comprends les langues étrangères que dans les baisers.

 

Tableau 5

 

Je n'ai jamais tant écrit que quand j'ai trop de mal à me taire.

"Je n'ai jamais appris à laisser quoique ce soit derrière moi, il faut que j'apprenne à laisser les choses passer. Il faut que j'aille contre mon instinct. Il faut encore que j'apprenne ça. Je mets des années à apprendre quelque chose."

Rick Bass. Platte River.

La journée va être longue. Tout paraît infiniment poussif,  tout le monde se regarde l'égo sous prétexte curatif. (moi, je paie même pour ça)

La routine.

Tu cherches des mots qui te définissent,  

  Je voudrais trouver des mots pour enfin m'éviter.

 

 

25 février 2008

Un moment

Et la vase s'égrène dans une cave, c'est là que je jette mon hypermnésie de structure. Il faut que j'oublie tant de choses.

J'arpente des boulevards aux flammes nourrissantes. Et je crâme pour de bon.  J'ai toujours plus de désirs que de remords, il parait que cela signe comme une guérison. Mais j'ai des regrets, toujours, toujours, comme un choléra emporté.  Je me tiens souvent à la porte du sacrifice, c'est mon héritage sémite, ou bien, je m'invente une histoire pour faire beau ? Ma tête inhabitée, mon corps inhabitable, mes colères en charbon qui laissent des traînées partout.

Si je devais me décrire je dirais : Je suis de l'air, et je respire pas pour autant.

Rien ne me définit mieux. J'aimerais mieux tout écraser que m'acharner à déconstruire dans la vanité d'attendre un mieux, mais je me dis "c'est défendu". Alors je ne fais rien. Ma culpabilité comme un organe vital, j'attends mon cancer, comme les autres.  Parler de mon caractère me donne envie de dire "cunéiforme", c'est dire comme je me connais.

Depuis deux ans, je raye des noms sur un carnet mental. Chaque nom rayé en dépit de moi-même, je ne comprends plus rien. Le canif déjà dégainé pour la prochaine biffure.

Chaque livre refermé me donne l'impression de la fin d'une course, chaque musique écoutée me donne envie d'un autrement.

Je suis épuisée, seule, et creuse comme un trou qui attend un caveau.

Comme tout le monde, quoi. 

 
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20 janvier 2008

Erreur & Kava (un peu c'est tout)

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 Très jeune adolescente, j'écrivais des tonnes de nouvelles maladroites où je me mettais dans la peau d'un homme, l'homme que je n'étais pas; souvent obscène et gras. Violeur désabusé, qui se faisait interroger par la police; un mélange mutan de Carlos et de Che Guevarra, pas débonnaire pour deux sous, qui abusait d'une nièce un peu lolita. Bref, je rejouais je ne sais quoi. Tous les tabous, les fondamentaux, je les mettais en mots, en vrai, dans une frénésie de plume. J'étais un homme, et un sale type de surcroît. J'écrivais, je brûlais. Je ne me relisais pas.  Si je retrouvais une histoire non détruite, je rougissais jusqu'à la mortification, pas besoin de tout lire, je savais déjà, je déchirais jusqu'au graphème, fermais les yeux pour m'oediper encore un peu.

J'ai appris bien plus tard que presque tous les interdits dans ma lignée avaient été dépassés. Forcés.
Allongée, j'ai remonté les fils, et j'ai déchiré les mythes comme une veuve noire et damnée.

Jeune adulte, sans interdit je me voulais  libérée, tu me veux tu m'auras coucou voilà ! Mon corps en libre service, et le reste.. tiens, prends toi ça. Forclose, pourtant, fermée malgré toi,  jusqu'à ce nom que je déteste qui me ressemblait plus que tu crois si bien dire. Putain qui rit, puritain maudit. Je ne me comprenais pas, je me croyais une erreur, moi.  Différente, vaginique schizoïdie, vagissante, vierge à vie

Parfois, je tentais de dédramatiser en me disant que j'étais trop sémite pour être malhonnête.

Chez le réducteur de crâne, j'étais organiquement anormale. Voilà. En libérant la parole, c'est  comme si mon sexe se reconstituait,  et finissait par s'ouvrir, acceptait d'être un creux à remplir, une attente, une incomplétude bien vécue, en même temps que le plaisir autorisé.  La guérison, comme l'orgasme, viennent toujours de surcroît.

On ne va pas se plaindre, un sur deux, c'est déjà ça.

 


Aujourd'hui, mère d'un garçon,  j'ai pleuré toutes larmes de joie de mon corps, soulagée, quand on m'a dit ça. C'est un garçon, m'a dit mon mari qui l'a su avant moi, car j'avais peur de téléphoner.  Une fille Je pourrais pas. Je  pourrais pas. Qu'aurais-je fait, avec  mon symptôme  dans les bras, cette vérité-femme là ? Quand mon sexe de naissance me faisait tellement des faux, des pleins, des déliés, "être une femme, ma fille vois -tu, c'est ..."et scotcher du falsifié, de l'or plaqué,  une barrette, un mascara, un livre de recettes, une paire de bas.  La petite n'aurait rien trouvé de tout ça chez moi.  Mais être une femme, ce n'est pas ça. Pas ces attributs secondaires là...Je sais je sais, mais dîtes-moi alors c'est quoi ?

A un garçon, un sexe ne s'explique pas. Au mieux on fait sa Mélanie Klein , on lui dit qu'il se trompe sur l'absence de celui de l'autre. Moi déjà, je crie trop fort je crois: Mais oui, les filles ont un zizi, qu'est ce que tu crois ? hahaha, c'est juste que c'est pas le même que toi. Non mais ho. Rien que ça, mon Dieu(= Simone de Beauvoir,) rien que ça...ça mérite un avoir pour ses douze premières séances. 

Pardonne moi mon fils. Pardonne-moi mon enfance comme j'essaie de "pardonner à ceux qui m'ont enfantée."


Etrangement, c'est devenir mère qui m'a réconciliée un peu avec l'idée d'être une femme.

Me sentir autre chose qu'une erreur, une falsification, un danger, une honte. Ne plus me cacher sous mes cheveux quand on me regarde, ou qu'on veut me garder. Comment ça je te plais ?  Tu m'as bien regardée ? Bon comment donc te désappointer ? mmh je vais trouver. Vois le quiproquo, la coquille, la méprise, le manquement à tout ce que je suis...


  Je n'ai pas mon sexe, parce que je n'ai pas de mère. Il a dit Pasolini, et j'ai tué mon père par le  silence. Tope là. Pier Paolo. Je t'ai entendu.  Décidément, l'Italie, l'Italie...
Il doit y avoir un plat de spaghetti qui m'attend quelque part entre Bologne et Parme.


 
Si je me trouve, je rougirais jusqu'à la mortification, je me déchirerais jusqu'au phonème, je me creverais les yeux pour m'oediper encore un peu.

 

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14 décembre 2007

Il est tard

 "Quelque chose s'était retiré d'elle, une paix, une verticalité."

 Le temps n'est plus toile de fond, mais un mystère sans maîtrise, une puissance. Regarder compulsivement s'égrener les secondes, vérifier dix fois et bien voir que tu n'es pas là. Je ne serais pas étonnée de voir que l'aiguille recule.  Ce mur entre moi et les autres. Le cours ordinaire des choses, à peu de choses près.

Pour moi, les mots sont superflus, mais je n'ai que les mots. Quand ils viennent à manquer, il ne me reste rien, et je suis démunie.  Je ne réponds jamais à ses attentes, je ne réponds pas aux siennes non plus. Je ne réponds pas aux miennes. Je ne réponds plus de rien.

Je me touche et je ne me sens pas.  Ma voix m'est devenue etrangère.  J'ai peur de mourir, et peur à en mourir. Catastrophe imminente. L'angoisse ne sait pas de quoi elle s'angoisse. Mais j'envisage mieux maintenant.  Un petit peu, un tout petit peu. Agripper vite des mots et une image, où porter ma pensée ?

 "Quelque chose s'était retirée d'elle, une paix"

 Ce n'est pas seulement la gorge qui se bloque, la respiration rétrécie, c'est moi toute entière bloquée comme une gorge, rétrécie comme une trachée, asphyxiée.  C'est moi, c'est moi. La colère toujours, et toujours ensuite l'angoisse. L'angoisse pour nettoyer.

L'angoisse, mon coup de balai. 

"Quelque chose s'était retirée d'elle."

Si donc je peux dire non, c'est que je peux dire oui. Lâcher prise inouï, il faudra bien que tu vomisses. Ne pas choisir ou s'en aller, et puis un jour ne plus y revenir. 

"Quelque chose s'était retirée."

 Le décompte a commencé. Je compte à l'envers, je m'embrase, je m'enflamme, je m'emballe, je suis prête à tous les risques pour quelque chose qui soit un peu vrai. Mais toujours la lutte s'acharne sur moi. Le dernier mot pour l'autre, bisque bisque rage. Depuis que ma parole est libérée, le dos tourné pour mieux te parler, le dos tourné, pour mieux oser :C'est pour finir par me faire enc.....

Je serre les dents devant l'image qu'on a de moi. Les poings, je veux pas.

Je vais me coucher.

"Quelque chose" 

 

   Il est tard.

 

   
 

05 juillet 2007

Vacances, j'oublie tout ?

J 'ai peur du monsieur maman çui d'à côté de la boulange non il m'a rien fait il m'a pas touché je te jure

il me connait pas

je crois juste il est pauvre et il a des habits sales et il met la main comme ça pour qu'on lui donne des euros


 en plus il crie si c'est des pièces rouges il veut que des jaunes et encore il dit merci que si c'est des jaunes et argent les grosses pieces tu sais c'est juste pour ça les pièces que j'ai pris dans ton porte feuille et maintenant je suis brûlé


 et il sent le vin comme çui d'à côté du tabac et sa bouteille elle est verte en plastique de vin pas cher qu'on met dans la daube
j'ai peur du monsieur maman j'ai peur de lui quand il crie qu'on lui donne pas assez de sous et il a la peau noire de sale et il marche comme ça il va tomber et il attrape fort la main de la dame il dit je suis en france depuis vingt deux ans je vous signale


j'ai peur maman je veux plus attendre le feu rouge pour passer il se met à côté j'ai envie de traverser avant que le pieton s'allume tellement j'ai les chocottes et je vais courir sans regarder et mourir ecrasé comme il a dit la securité routière quand on fait le code avec des vélos

 


j'ai peur maman d'aller à l'école demain la maîtresse dit que je suis un cancrelas je déteste comme les araignées encore plus
en plus on fait piscine j'ai pas mon maillot tu l'as pas lavé il est mouillé en boule dans le linge sale tu mets pas le gouter dans mon sac tu fais pas de cadeau de fin d'année au directeur tu viens jamais je suis le seul alors j'ai pas de fiancée j'aime pas

trop la honte j'ai pas de cahier et dessus la sauce tomate même pas signé le  carnet de notes


la spychologue a dit qu'elle pouvait pas me voir sans ton autorisation tu l'as pas signé le mot j'ai envie de voir une spy moi je sais que c'est pas pour les fous je l'ai vu dans dawson

après le garçon il se drogue plus dans les veines mais moi je me drogue pas non je te jure jamais j'ai dix ans en plus


j'ai peur maman quand je rentre et que t'es même pas dans la maison et que tes cheveux traînent dans la salle de bains je me dis que peut être ils t'ont amené à l'hôpital pour la chignonthérapie et après j'ai plus de mère

déjà que j'ai pas de père entre parenthèses entre guillements comme ça ("")


j'ai peur quand c'est ta soeur qui me garde elle dit que je suis pas normal que je me ronge trop les ongles et que je suis tout le portrait de ne dites pas son nom devant le petit 

et il a cassé la porte le tonton quand elle a fait tomber la poudre de la canette elle savait pas tata que c'était très important la canette

elle dit que tu t'occupes mal de tes enfants alors qu'en plus t'en as qu'un l'autre tu as dit hop hop au foyer ça t'apprendra à m'emmerder et à me donner des leçons de morale t'as vu moi je dis rien motus pas fou

 

j'ai peur maman j'ai peur du monsieur qui dit rien qui s'en va qui se dépêche de partir après et toi tu te réveilles même pas t'as tes cheveux qui pendent et tes yeux un peu ouverts alors  tu parles pas tu réponds rien même pas va faire tes devoirs

et je m'ennuie.

et qu'est ce que je vais devenir ? 

08 février 2007

Dépression sous sol majeure

Ou que je tourne la tête, chaque murmure résonne dedans comme un écho, et c'est la certitude qui colle à mes doigts comme une glu, en leitmotiv angoissé...

Où que je tourne la tête, ce sont les mêmes miels qui collent à mes Go West, le même lierre qui grimpe pour infester l'autrui.

Où que je tourne la tête, les blessures que je croyais devenues cicatrices, recousues, impeccables,   se déchirent et ça suinte à toutes mes entournures,  et je contemple mes rognures, vaguement nauséeuse.

Où que je tourne la tête, les autres sont des miroirs qui me déforment. A chaque fois que je "la" vois, je me fais peur, me désintègres en squames , dans une mue de ver à Soi.

Où que je tourne la tête, trop de portes mal fermées, plein de courants d'air. Je me voudrais d'ailleurs et je ne suis que d'ici. Je me voudrais sculpteur et je suis à peine modelée.

Où que je tourne la tête, Baal se tape un somme dans mes entrailles, alors je reste éveillée, je m'offre, en oreiller.

Où que je tourne la tête, creuse et vide pour longtemps,je me désagrège dans le néant qui me tape à l'épaule pour me dire, tonitruant "Je suis revenu !", et je m'affaisse un peu plus, un peu mieux, des gnons plein l'âme.

 

-

 

Alors, après je me dis :"Mais quelle conne !  T'as qu'à plus tourner la tête , abrutie !"

-

 

Cette note est un genre d'exo de style, moi,  je vais plutôt bien, voila voila...

 

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