25 septembre 2009

- Des souvenirs qui tombent-

05 septembre 2008

Venir à bout de la mémoire

  Il n'y avait aucune réelle volonté, pas de motif. Il ne s'agissait pas d'une impulsion, d'un acte spontané ni même réfléchi. C'était  juste une violence, une façon d'avoir mal pour se rappeler son corps, pour rester connecté à lui, un rapport tordu, une relation blessée, mais au moins, au moins quelque chose,  pour se souvenir de sa propre consistance.


  Ensuite, il y aura le classique déni, trouver tout ça insignifiant, même si les cicatrices sont de plus en plus profondes. Il y aura la banale répétition pour parfaire le self crime, en faire un vrai ballet, un truc de dingue, vraiment beau, vraiment bien sanglant. Il faudra aussi réaliser que cette relation n'est que le parfait calque, un peu tremblant, d'une autre, aussi glauque. Pour arrêter de se haïr, faire ricochet. 

 
  Tout le cerveau occupé comme une grande, à la réflexion, à l'analyse et à la compréhension, qui se met même à faire de jolis projets, mais il manque l'assise, il manque la première couche qui fait tenir l'édification. Tout est resté primitif dans les fondations. La tête bien faite, parfois même un peu pleine, et le reste , le corps entier flottant dans les limbes du néant, tout dissolu, haineux, perdu, abandonné, avec ce terrible sentiment d'injustice de n'être rien, de n'avoir aucune prise sur le vivant.

  Les mots ne disent rien, parce qu'aucun récit n'est possible. Je m'accroche à la face B, l'image acoustique, un peu pendue. Il n'y a rien à comprendre, rien à conclure. Il s'agit de faire silence mais de s'occuper du ciment. La musique parce qu'elle se propage est une solide alliée. Les formes tapées sur le clavier préfigurent une narration pour faire un peu de sens, colmater, vomir propre, et puis tracer un autre un peu bienveillant, dessiner un réceptacle tranquille qui écoute et peut-être même comprend, mais à la bonne distance,...si loin de moi qu'il ne pourra jamais jamais plus me toucher.

 

Je t'ai écrit pendant des heures. Je t'ai ouvert le corpus. Maintenant, de nous voir tout charcutés, j'ai un peu comme la nausée. C'est facile à dire, c'est usé, c'est le parfait cliché, mais n'empêche que je jette l'encre maintenant.


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28 août 2008

Whatever, mortal...Tralala

Ca fait des cycles et des tours,  les même désastres, les mêmes évidences. Entre la colère et l'angoisse ?  J'ai que du temps à me mettre.

Je balancerais n'importe quoi pour le plaisir d'une bonne réplique.


Il y a des minutes qui s'étirent, le sentiment confiant de vivre se désagrège, la minute se gonfle, s'élargit et étrangle. On dirait que le temps freine et rechigne à avancer. Il résiste, inflexible, accule à la patience, à la maîtrise. Je ne sais pas faire. Je ne suis jamais certaine que le contrôle arrange quoique ce soit. Je suis toujours certaine que ça implosera, ce que je garde bien tassé grâce au surmoi.

Soudain, la banalité se déchire. Ma voix me devient etrangère, ma peau ne fait plus barrage, les extremités s'effacent. Agripper des mots, des images, chercher le sens, n'importe où. Où porter la pensée quand elle s'échappe ?
"La vie continue, tu ne souffres de rien, action ! Moteur ! Va de l'avant !" Se sentir minuscule devant ceux qui sont sûrs, de leur vie sans panique, sans désordre, sans inconscient bien sûr.  Les bienheureux.
 

Faire de l'angoisse, c'est joli, c'est comme faire un bébé, hein ? Je dirais aujourd'hui "C'est l'angoisse qui m'a faite". Crises d'angoisse, panick attack,  TAG, désordre neurovégétatif, karma en bois; ...Appelle ça comme tu voudras mon frère, de toutes façons, que tu t'en foutes, ça me semble assez justifié dès lors que tu la vis pas, cette angoisse-là.


Elle m'a mise sous surveillante permanente, encagoulée. Il n'y a pas de limites à ses exigences. Elle est sans mesure Le compte n'est jamais bon. je ne réponds jamais à ses attentes. Par définition, je suis manquante. elle m'en veut, me demande et me laisse choir. Elle me met tout sur le dos. Moi aussi. Elle me met au monde et m'abandonne. La redouter, c'est encore l'attendre. Il y a tant de points communs entre l'Angoisse et ma mère que c'est une caricature. Il ne manque que la pipe de Sigmund, et la fille hypnotisée qui fait Ha mon Dieu mais c'est bien sûr en se griffant les joues.

 

I'm coming home to see my father I'm coming home no more to grieve. 

Il y a toujours de l'orage le 15 août. Et après, il fait encore et toujours si chaud. Je te jure, j'ai l'impression d'être un sac vide: plus de mots, plus de désirs.  Je déteste être respectée en tant que "femme" parce que je fais gouzi gouzi et des lasagnes, que je suis douce et flexible, que je baisse les yeux et ma culotte. Je déteste ma complaisance, je déteste mon imposture. J'ai sous les pieds comme de la cendre, comme des cadavres de rêves, de désirs qui me font même pas des regrets. Mon narcissisme et mes tensions angoissés me portent sur les nerfs. Je joue inlassablement le même morceau à la guitare. Mal. Et je m'en fous.

J'aurais voulu que ce soit autrement.  J'ai décidé d'aller plus loin que l'évenementiel, plus haut que l'anecdote: je connais tous les détours, et l'origine de la douleur. Mon seul espoir réside dans l'oubli. Pour oublier, faire.


La mort plane tout le temps, et j'ai peur pour ma peau, et aussi celle des autres. La vie aussi me terrifie. Chaque fois que je vois quelqu'un qui pleure et se dit inconsolable, je me méfie. C'est toujours la surenchère, j'ai plus envie de parler.  Je sais qu'on est prêt à se scarifier sur l'autel de sa propre douleur juste parce qu'on se chie dessus d'essayer.

Ma capacité à abattre ceux que j'ai aimés me fait honte parfois.


J'aurais voulu que ce soit autrement.  On voyait tout le dessin de mon visage, les pommettes trop larges, les joues creusées, la bouche trop grande. Je m'en foutais de ma tête cette fois. J'avais tiré mes cheveux en arrière, tout aplatis. Je voyais tous les détours, et l'origine de ma laideur. Je m'en foutais absolument.

Je n'avais plus honte d'avoir si peur pour moi-même. Il faut bien rattraper, d'une façon ou d'une autre, ceux qui ne craignent absolument rien pour moi. J'étais dans un tel état de fureur que je savais déjà que ça finirait mal. Je ne parle pas de la colère, de celle des tonfs qui déglutissent avant d'affirmer "Je ferais mieux de me taire" et qui se prennent, comme ça, pour Che Guevarra. J'avais envie que ça saigne, j'avais envie de chutes mortelles dans l'escalier, j'avais envie d'enfoncer des mots dans la gorge au pic à glace,  de ricaner à chaque déni, de dire ta gueule méthodiquement,  chaque fois que ça puait le faux. Et ça puait vraiment.


J'ai juste fait de l'angoisse.
 
 
 

10 août 2008

Vers l'Océan.

Parfois, les émotions nous dépassent quand nous ne savons pas les nommer. Parfois, c’est parce que nous les nommons trop bien. De vieilles traînées d’abandon, quelques traces de manque, une oppression dont j’ignore toute la cause ; l’attente du pire, toujours. Ici tout est beau, tout est vaste. Il n’y a rien de cette fébrilité touristique, de cette hyperactivité agitée propres aux congés payés. C’est vaste avec des odeurs de pin et d’iode. Je voudrais tellement me fondre dans ce bonheur tranquille, laisser le vent s’engouffrer sous ma jupe, dans mon cœur, dans mon crâne : tout nettoyer. Mais je suis tendue, prête à me rompre, perdue, pièce rapportée dans cette beauté sauvage et ancienne, comme une tache sur l’Océan, je suis une catastrophe pétrolière dans la propreté des marées.

Ici, il y a des guitares, et du vin, des gens autour, aux désirs simples qui ne se fracassent contre rien, des peaux claires et des choses à dire, des histoires à raconter, des anecdotes qui font mouche. Je me sens toute olivâtre et les mots, je n’en ai plus. Je n’ai jamais su faire du sentiment de ma différence un atout, une carte maîtresse. Certains parlent d’eux et se dissèquent, ils posent leur névrose sur la table et vous disent ensuite « Maintenant, tu peux te vanter de bien me connaître », comme si ils vous faisaient un immense cadeau, ils sont heureux de leur complexité, de leurs petits mystères. Ils ont le sentiment de vous faire un privilège en vous livrant leurs petites manies. Moi, j’ai toujours honte quand je parle de moi trop sérieusement.  Je fais tout pour me fondre, mais c’est la nuit, toujours à la même heure, que l’uppercut de l’angoisse me réveille. Et je ne sais même plus pourquoi.

Je n’ai que ce cahier pour circonscrire ma peur et faire semblant de la maîtriser. Je crois que je suis incapable d’aimer. Les efforts me fatiguent, et connaître l’autre, le comprendre, le titiller dans ses retranchements, m’émerveiller de ses confidences, je n’en ai strictement rien à foutre. J’ai besoin d’évidences. Je n’ai que ce cahier pour délimiter un semblant de sens, même erroné, une rature pour m’éloigner de cette réalité qui me sidère encore, malgré tous mes détours et mes raisonnements, malgré tous mes renoncements assumés ; quelque chose qui palpite, ce secret de polichinelle qu’on préfère ne pas exhumer trop souvent, une sorte de gangue définitivement fermée à toute espèce de raison. Et même quand on croit se connaître, il arrive qu’on tombe nez à nez avec sa propre muraille. Le soir, je me ramène au jour comme une dent pourrie, une cellule dégénérée, sans courage pourtant, sans face à face fatal, sans tambour ni trompettes, sans ce courage d’arracher définitivement la racine. 

(Photo Phedia)

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02 juillet 2008

Jetée d'encre

 

Ca te manquait , je pense, de jeter quelque chose par terre, et de jeter des horreurs en l'air. Ca te manquait, je suppose, de haïr quelqu'un, de le rendre responsable de tout.

Il te manquait les millions de coup de fil où l'anecdote deviendrait bientôt un délire terrifiant, où tu tiendrais le premier rôle, celui de celle qui savait tout depuis le début, et qui a dévoilé "le complot".
Je ne t'ai pas croisée depuis un an. J'oscille entre une paix fragile, et une abominable angoisse.
Je les vois jetés dehors dans le petit matin déjà caniculaire. Les valises à leurs pieds. La petite main et le regard si grave. "What's happening, mum ?" "Nothing new."
Dehors.

Et toi qui gémis qu'on t'a abandonnée.

Ca te manquait, c'est ainsi que tu "fonctionnes", je devrais tout te pardonner puisque je connais les rouages.Il y a une explication, toujours. De vraies raisons, des scientifiques excuses, des preuves médicales. Une posture à adopter, faire comme d'habitude, laisser glisser.

Ca ne m'apaise en rien. 

Je te dois la méfiance devant toutes les amours qu'on me dit, je te dois de ne croire en personne, et de vouloir tout. Je te dois de comprendre en un seul mouvement, tout ce qui est perverti chez l' autre dans son attente, dans sa douleur, dans sa demande. Et je voudrais ne rien savoir, moi. Je voudrais l'illusion, je voudrais la confiance. Je te dois, sans nul doute, la perte d'un lien que je croyais indestructible, à toute épreuve, un lien de sang. Je te dois ce manque abominable, tout le temps, et rien qui ne le comble; car je ne sais pas ce que j'attends, je n'ai pas de mesure, je n'ai pas l'étalon.

Je te dois de penser, parfois, et ça me fait tanguer, que tu as peut-être raison, qu'il serait bon de couler, avec toi, dans le Kretschmer, pour te rejoindre, t'atteindre enfin.

Je te dois de connaître l'intenable, et de m'y tenir bien.

 

 


 
 
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10 juin 2008

Des trucs

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To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream: ay, there's the rub.

C'est celle-là que je déteste, dans l'univers de mon ordinaire névrotique, c'est cette panique desespérée à laquelle je n'associe aucune cause, aucun objet, c'est celle-là  que je déteste. Cette détestation du monde, quand je m'enferme dans mon bureau; et je ne sais pas si j'ai peur des autres, ou si je les hais et que c'est ma haine qui me fait peur.

Bien sûr, je suis la première affligée de me poser autant de questions à propos de pas grand chose: une neurasthénie, une vacuole banale, une tendance dépressive. Je suis la première consciente de l'indignité de ce chagrin insensé pour rien, et de ma terreur toujours que cela devienne définitif, que je m'enferme dedans pour toujours, que je ne sache plus jamais parler à personne. Je suis si accoutumée à me taire à moi-même. Mais se poser toutes ces questions, se demander pourquoi, et comment et à quelle heure, et le choc traumatique que j'aurais refoulé- le pire étant celui de naître- n'être au monde que pour ...et attendre la suite, eh bien tout ça, c'est continuer de fonctionner, d'ébaucher des solutions, un semblant efficace pour vivre.

Quand je me lève et que soudain, il suffit d'un pas parasite, d'une pensée qui trébuche et tout devient tellement difficile, et la peur d'éclater en sanglots devant tout le monde, devant les enfants, mes nerfs de vieille fille soudain, cette peur dans tout mon corps, ce tremblement dedans, et va savoir pourquoi, ce qui me fait le plus peur, cette mâchoire plombée.

J'attends de mieux en mieux que ça me passe et je n'en parle plus à personne. Ecrire sera toujours différent de dire. J'en sais quelque chose, j'ai écrit plus que j'ai parlé dans ma vie, il fallait bien que je me rattrappe.

J'attends, pour me trouver des raisons d'être si inconsolable, pour dessiner le monstre qui ira le mieux à mon angoisse de ventre, toujours à contre temps. J'attends de trouver cette illusion d'entrevoir le spectre, de légitimer ma peur, de me dépouiller de ma vieille peau, et de sortir enfin belle, neuve, nerveuse et gaie. J'attends ça comme on attend autre chose, parce que la plupart du temps, je crois que je n'attends rien. J'attends de m'allonger, j'attends ma séance du jeudi, j'attends le lacanien qui me parle d'Hamlet, d'Antigone quelquefois. 

Il ne demande jamais pourquoi, il ne dit pas de mots d'amour, il ne me promet rien, il ne joue pas, il ne s'intéresse ni au comment ni au pourquoi, il s'intéresse à ma personne, parce que moi, je m'intéresse pas.

Et ça marche quelquefois. 


 
  Heal-it takes time.

01 juin 2008

Leçon de maintien

Finissons-en, je t'en prie. J'ai vu les roses dans le vase, sans te voir, l'eau jamais croupie. J'aurais du t'apporter ces désespoirs du peintre. J'ai entendu ta voix entre la plainte et la colère faussement retenue, une posture. Malgré tout ce temps, elle me donne toujours des envies de meurtre. J'ai perçu toutes les double-contraintes, toute la nouvelle histoire que tu t'es déjà inventée en criant seule dans ta cuisine, pour incarner cette splendide victime, solitaire et inconsolée. J'ai beau connaître la pathologie, maîtriser tous les rouages, sentir de loin toutes tes ruses, analyser le délire et le comprendre à un point qui me terrifie,  j'ai toujours cette immonde colère, ce stupéfiant besoin de me justifier. Tu ne sais même pas, tu ignores tout le mal, tout ce que tu as semé. Epargnez-moi, je vous en prie, l'impossible amour à la sauce mythologique, l'entente interdite quasi constitutionnelle, voire constructrice, vomie sur canapé. Parce que moi, voyez-vous, moi, je voulais l'aimer. Je voulais la réparer, la remplir, je voulais effacer son chagrin pour toujours. Je voulais la guérir pour qu'elle puisse enfin m'aimer.

Tu te souviens les jours de pluie, ces seuls jours où tu me touchais ? Tu m'essuyais les cheveux, pour ne pas salir les parquets. La ressemblance avec la caresse ne m'a pas pas échappée. Je savais ma méprise, le malentendu, mais je m'abandonnais, déjà rompue à me satisfaire de tous les semblants  pour une main sur ma tête.

Finissons-en, je t'en prie. J'ai compris ton égo altéré, j'ai même vu ton regard habité, tes beaux yeux de malade tout tournés en dedans de toi.  Je sais tout ça mais je trépigne, je vocifère, je sens la main glacée de la culpabilité sur ma nuque. Je voudrais tellement que quelqu'un me défende,  je voudrais qu'on te dise que tu t'es trompée quand tu n'as pas pu m'aimer. Parce que tu vois, malgré toute cette théorie implacable, tout ce que je sais, et tout ce que tu ignoreras toujours, je ne suis jamais sûre que te haïr est la seule condition pour survivre. J'ai mis trente ans à te haïr, j'ai mis trente ans à te désinventer, et je te hais bien trop fort pour que ce soit vrai. Je te hais, oui, c'est sûr.   Une posture.

30 mars 2008

Trottoir

 
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C'est la fin. Je reste assise sur le trottoir à l'endroit précis où je suis tombée. Je sais qu'on me regarde; peut être même s'étonne -t-on que je ne me lève pas, pour aller m'attabler. On me voit si rarement immobile. Mais je n'ai plus rien à voir avec l'humanité. Il y a un chien avec des yeux jaunes qui penche la tête, en ahanant puis gémit un peu en me regardant. D'habitude, ça me dégoûte, et là non.  Qu'un chien aux yeux jaunes soit le témoin de ma chute ne me gêne pas, au contraire. J'ai appris à ne plus m'encombrer des apparences.
Si ç'avait été un enfant, le mien, ce n'aurait pas été possible. Les larmes d'un enfant, c'est trop dangereux pour l'équilibre général. Je ne veux plus prendre quiconque dans mes bras par réflexe, tu m'entends ?  Par réflexe, on aime, on tue, on fait des bébés, on sort la tête des tranchées.  Mes réflexes n'ont que des conséquences désastreuses. Je ne veux plus payer toute ma vie quelques secondes où je me serais prise pour une femme, où je t'aurais pris pour un être humain.
Mon père était menuisier. Il aimait ses meubles, il caressait toujours le bois quand c'était fini. Sa large main à plat, un mouvement respectueux, lent, calme. J'aurais voulu me transformer en armoire pour qu'il me caresse ainsi. Je ne peux pas téléphoner à ma mère. L'angoisse me serre le ventre avec sa main gelée. Ma mère va pourtant très bien, il paraît. Peut être que c'est ça qui m'angoisse.  Une mère morte, cela pourrait me laisser espérer que tout serait plus beau si elle était encore là.  Elle est vivante et c'est sans espoir.
 Voilà, c'est terminé.  Le vent, les papiers qui volent, ma main gelée, les rats qui filent dans le caniveau, je quitte le navire, mon cul sur le trottoir. Le chien, yeux jaunes, tête penchée, gémit en ahanant, avec comme une interrogation dans la fin de sa plainte, cette cassure dans son murmure: le dernier bruit du monde.

 

29 février 2008

Tableaux

 

Photo Phasme
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Tableau 1

 

D'improbables cordes tissaient une toile mélancolique, et cette voix semblait me voler tous mes mots en retard.

J'étais dans cette ouate -là, bercée par des mots que je n'avais plus à dire, rassurée par les notes que je composerais jamais.

Cela va si bien à ma pathologie, ces vêtements là: une musique trop grande et des mots trop étroits.

 

Tableau 2

 

L'insupportable impatience, un trépignement mental, une attente aigüe, l'illusion de l'empathie après le bel emboîtement des corps, tout ce monde quand tu crois ne faire qu'un, la brulûre qui va venir, qui va venir, qui va venir, ho c'est parti. La fatigue qui s'invite alors que tu ne demandais rien.

L'amour est toujours malvenu.

 

Tableau 3

 

j'ai tellement ta tête dans ma poitrine...”

...que je t'ai confondu avec mon système cardiovasculaire.

 

Tableau 4

 

L'insignifiant n'a pas de sens, mais il prend bien des formes: le rien, l'espoir, le blog..., l'un signifiant;  la face sonore pour signifier l'absence de sens, de corps.  C'est cette mort qui me hérisse. Je ne comprends les langues étrangères que dans les baisers.

 

Tableau 5

 

Je n'ai jamais tant écrit que quand j'ai trop de mal à me taire.

"Je n'ai jamais appris à laisser quoique ce soit derrière moi, il faut que j'apprenne à laisser les choses passer. Il faut que j'aille contre mon instinct. Il faut encore que j'apprenne ça. Je mets des années à apprendre quelque chose."

Rick Bass. Platte River.

La journée va être longue. Tout paraît infiniment poussif,  tout le monde se regarde l'égo sous prétexte curatif. (moi, je paie même pour ça)

La routine.

Tu cherches des mots qui te définissent,  

  Je voudrais trouver des mots pour enfin m'éviter.

 

 

25 février 2008

Un moment

Et la vase s'égrène dans une cave, c'est là que je jette mon hypermnésie de structure. Il faut que j'oublie tant de choses.

J'arpente des boulevards aux flammes nourrissantes. Et je crâme pour de bon.  J'ai toujours plus de désirs que de remords, il parait que cela signe comme une guérison. Mais j'ai des regrets, toujours, toujours, comme un choléra emporté.  Je me tiens souvent à la porte du sacrifice, c'est mon héritage sémite, ou bien, je m'invente une histoire pour faire beau ? Ma tête inhabitée, mon corps inhabitable, mes colères en charbon qui laissent des traînées partout.

Si je devais me décrire je dirais : Je suis de l'air, et je respire pas pour autant.

Rien ne me définit mieux. J'aimerais mieux tout écraser que m'acharner à déconstruire dans la vanité d'attendre un mieux, mais je me dis "c'est défendu". Alors je ne fais rien. Ma culpabilité comme un organe vital, j'attends mon cancer, comme les autres.  Parler de mon caractère me donne envie de dire "cunéiforme", c'est dire comme je me connais.

Depuis deux ans, je raye des noms sur un carnet mental. Chaque nom rayé en dépit de moi-même, je ne comprends plus rien. Le canif déjà dégainé pour la prochaine biffure.

Chaque livre refermé me donne l'impression de la fin d'une course, chaque musique écoutée me donne envie d'un autrement.

Je suis épuisée, seule, et creuse comme un trou qui attend un caveau.

Comme tout le monde, quoi. 

 
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